Le Clown bar : du pain et des jeux

Séances de kiné non payées ? Petites retraites moquées ? Vote de confiance rabotée ? Et puis Zozo est arrivé ? Vous déciderez s’il vaut mieux en rire ou en pleurer. Nous, on a choisi de prolonger cette séquence de comique en débriefant autour d’un dîner au Clown bar, l’ancienne buvette du Cirque d’hiver et l’un des derniers nés (rouges) de l’arène parisienne. On y trouverait peut-être un Monsieur dé-Loyal, des acrobates de l’inflation, des dompteurs de courbe du chômage ou des contorsionnistes de la fiscalité. Et on pourrait alors leur dire, sérieusement, d’arrêter leur numéro qui même au-delà des frontières nationales, devient embarrassant. Un sourire aux lèvres et notre argumentaire en tête, on a donc poussé la porte du Clown bar. Attention Mesdames et Messieurs, dans un instant, ça va commencer…

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Il y a quelques années, les mercredi d’école buissonnière, le comptoir accueillait autant d’enfants surexcités que de papas costumés. On y commandait un lait fraise avec une paille et un demi Leffe tout en parlant lions, éléphants, pommes d’amour et de numéros de ballons. Les verres avalés, on remettait maladroitement les cagoules et les anoraks avant d’affronter la froideur des après-midi d’hiver. Et petite main dans grande main sur le chemin du retour, on se demandait alors pourquoi le trapèze ne figurait pas dans la liste des activités annexes proposées par l’école du quartier. Aujourd’hui, le comptoir est toujours le même, encadré de céramiques naïves où alternent clowns chapeautés et jolies trapézistes en tutu. Le reste, repeint en gris béton bobo loft, complète le décor de ce chapiteau gastro.

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En terrasse sur les gradins, on a d’abord savouré l’affiche de ce magic circus. Le menu reprend (copie ?) la mode désormais répandue qui consiste à fuir les intitulés compliqués et pompeux pour ne juxtaposer que les principaux composants du plat. Avec une codification un peu laxiste, ça donne sur le papier d’appétissants Haïkus, et dans l’assiette, de raffinées kaïgas: thon blanc/betterave/figues, boudin/encornet/piment Gernika; foie gras/mais/pourpier. Pas de hasard dans ce côté Big in Japan francisé (les couteaux viennent tout de même de chez Perceval). Le Chef Sota Atsumi est Japonais, et gage supplémentaire de qualité, notre samouraï des casseroles a fait ses classes parisiennes chez Vivant. On retrouve la nippon touch’ dans la vaisselle sobre, porcelaine émaillée brute, dans l’harmonie délicate et subtile des saveurs et surtout dans la maîtrise absolue du dressage. Résultat, c’est très bon bien sûr, mais c’est surtout très beau. Exposition de tableaux en couleurs.

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En échangeant les derniers gossips bruxellois autour de la formation de la petite Commission et de l’oeil de Mosco (« tu crois qu’il va passer le grand oral du Parlement ? », « Et Arias Cañete au climat, yes we Cañ ?), on a grignoté de surprenants beignets de bulots sauce aïoli discrète (non, non, c’est pas gras, les bulots McNuggets), un choix audacieux mais payant.

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Ensuite, on a joué le ping-pong terre-mer entre le veau/bufala/palourde (et son écume extraordinaire) et le maquereau/champignon de Paris /lard de Colonnata, tranché si fin qu’il compose un bonbon transparent.

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La suite est au diapason. On a chassé la palombe aux mûres et framboises fraîches, puis péché la lotte emprisonnée dans ses tagliatelles de céleri rave al dente.

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Après l’explosion des plats précédents, les desserts tombent un peu pâles. Ça se joue à presque rien, on pinaille sans doute, mais la pêche/fromage blanc/jasmin est quasi trop subtile pour notre palais français. On croit en revanche sur parole notre convive expert qui a lui succombé au chocolat/fruits rouges avec un plaisir non dissimulé.

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Et après avoir fini la bouteille de cuvée Violette de Chanonat (hommage à VGE), on a nous aussi quitté la table en disant « Au revoir ». Et si d’autres suivaient rapidement cet exemple ?

Merci pour ce moment.

Où : 114, rue Amelot, 75011 Paris – 01 43 55 87 35

Quand : un soir d’été indien pour la terrasse

Avec qui : Thomas T. à condition qu’il règle l’addition, une femme blessée, un éditeur heureux

A vos pieds : des « Aquilino », la prochaine collection capsule de Weston

Dans votre ipod : A présent tu peux t’en aller, Richard Anthony

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