A la Closerie, jusqu’à la fermeture

Alors que la bande du Baron s’apprête à redonner à Castel son rouge d’antan et ses cartes de membre en laiton, on se verrait bien reprendre la Closerie des lilas et continuer à éroder de nos coudes les plaques de cuivres de ses tables cirées. Les modes passent, la Closerie reste. A la proue du boulevard Montparnasse coté Port Royal, elle défie depuis plus d’un siècle le sabre du Maréchal Ney – visez droit au cœur – dont on se dit qu’il y aurait volontiers noyé sa défaite de Waterloo dans un ou deux Gin to’.

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La Closerie défie aussi les modes. Les guides, qu’ils soient rouges, verts ou bleus, continuent de vanter le café mythique, le lieu de mémoire qui ne flanche pas, l’INA d’avant l’INA. A deux branches de l’Observatoire, ses lilas enregistrent aujourd’hui impassibles, la régulière marche vers Denfert des agriculteurs en colère, des enseignant en grève, des chars de la Gay Pride et des fanions de la manif pour tous. Ah si la Closerie pouvait parler ! Elle raconterait sans doute d’une voix légèrement nasillarde les bons mots des Goncourt, les nanas de Zola, les paradis de Baudelaire, les cigares de Fitzgerald et la légende de Zelda. Plus près de nous, elle vous chuchoterait les soirées solitaires de certains chanteurs (on y avait croisé un soir le « fou chantant » qui n’avait jamais autant mérité son surnom), les rendez-vous galants de quelques starlettes (café meetic) et les ripailles discrètes
de nos dirigeants politiques. Alors en ce soir de remaniement un peu gauche, on s’est dit que cette institution était définitivement le choix le plus adroit pour relancer la Macron économie. Et tant pis pour le régime.

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Bar, brasserie ou restaurant, trois salles, trois ambiances. A l’entrée, le piano crée une ambiance musicale au charme désuet et entonne un répertoire un peu love boats alternant du Julien Clerc, du Piaf et des standards américains type rock de rally. On y sirote des « Old fashion » on ne peut plus dans le ton, des Whisky hors d’âge et hors d’atteinte, des Mimosas de jeunes filles rougissantes et un bloody Mary dont on dit qu’il est le meilleur de Paris. Parfaite halte en attendant qu’on dresse votre table d’une nappe blanche et du fameux set de table griffonné des signatures de vos prédécesseurs célèbres (enfin, ceux qui ont voulu laisser une trace de leur passage).

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La carte de la brasserie relève du classicisme raffiné un peu canaille : incontournables harengs pommes à l’huile, œufs mayo, huîtres ou foie gras mi-cuit pour les entrées ; navarin, haddock poché à l’anglaise, tartare de bœuf et koulibiac de saumon pour les plats, sans oublier les quenelles de brochet –le choix du Roi – toujours aussi gonflées après des années à la carte.

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Le menu du restaurant tape un peu plus haut dans la gamme des prix mais se trouve justifié au premier coup de fourchette, donné dedans en hiver, sur la terrasse dès les premiers beaux jours : homard,  lotte rôtie, turbot mais aussi ris de veau pour les amateurs et filet de bœuf Hemingway. Tout ça servi de main de maître par des serveurs en noir et blanc assez raccord avec le film qui se déroule ; on resterait bien pour la prochaine séance.

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Un repas à la Closerie ne saurait s’achever sans les traditionnelles crêpes Suzette flambées à la table dans une casserole en cuivre ni sans le rituel baba au rhum, madeleine de Proust dont les effluves déclenchent immanquablement les flash-backs nostalgiques des visites précédentes. La Closerie, on y a fêté des anniversaires en avril, des fêtes des mères en mai et des retours de week-end en juin. La Closerie, on y a aussi débuté des histoires en février et fait des mises au point en mars, partagé des confidences en octobre et essuyé des larmes en novembre. Ah, si la Closerie pouvait parler…

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Où: 171 Boulevard du Montparnasse, 75006 Paris – 01 40 51 34 50
Quand: toute l’année, avec ou sans réservation, sur un coup de tête
Avec qui: un Matignon’s boy, un critique littéraire, une danseuse de tango et Renaud qui passait par là
A vos pieds: des bensimons ou des souliers vernis
Dans votre ipod: Le poinçonneur des lilas, obvious

2 Commentaires

  1. Jean-Louis Langlais · · Réponse

    Je vois avec plaisir que tu n¹as pas perdu ta verve et l¹appétit.Ton article donne envie de se retrouver là à la première occasion.Bravo et merci de ce rappel de bons souvenirs.Papa

    Le 27/08/14 22:49, « Les Assiettes de Juliette »

    1. Merci Pa’ . Les quenelles sont toujours aussi bonnes!

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