Daru, rue Daru : heureux à la Russe

Avec cette actualité débordant les frontières de l’Est (jeux paralympiques de Sotchi inclus), on s’est dit qu’un dîner slave s’imposait un peu comme un char russe aux confins de la Crimée (c’était ça ou une poutine dans un restau québécois).  Seulement, si vous consultez bien votre petit guide rouge, les restaus russes, ça ne court pas les perspectives parisiennes. Depuis la fermeture de Dominique, la grotte roublo-rousky de la rue Vavin, plus célèbre pour son apparition dans « On connait la Chanson » (RIP Alain Resnais) que pour ses pirojki, on n’était un peu comme les femen, on ne savait plus trop à quel saint se vouer. Heureusement, une fois de plus, Dieu a montré le chemin, la vérité, la vie, et les blinis aussi. Là, en l’occurrence, c’est l’église de la rue Daru qui a indiqué de ses bulbes rebondis l’entrée du Daru, épicerie le jour, dealer de zakouski la nuit. C’est facile, son décor est fondé sur le catalogue complet des clichés de la Grande Russie tels que déclinés à l’ouest du zouave du Pont de l’Alma. Embarquement vers le grand Est, bolchoï !

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A première vue, Daru, c’est un wagon-bar du Transsibérien du 19ème siècle. A seconde vue aussi d’ailleurs. Ambiance tamisée, velours rouges, banquettes moelleuses intimistes, lampes à pampilles, affiches de propagande, poupées russes et murs de bouteilles de vodka à devenir marteau sans (fau)ciller.  Sous le regard figé de Gilbert Bécaud, œil de Moscou, nous nous sommes donc laissés guider dans la place rouge, Nathalie en moins.

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La carte ne se limite pas aux seules frontières russe (sinon, comme le dit le serveur très habile: « on n’aurait pas de clients pour des pommes de terre et du chou », dont acte) ;  mais embrasse les limite du rideau de fer tiré depuis lurette : harengs à la cerise, bortch de betterave, côtelettes de Kiev, koulibiac de saumon, bœuf Strogonoff, chachlik caucasien et caviar en abondance d’un peu partout mais pas d’Iran (ils ont d’autres Shah à fouetter…). Bref, passée la déception de cette géopolitique gastronomique quelque peu approximative, on a annexé sans vergogne ni préavis onusien le plateau de zakouski, avançant nos pions stratégiquement vers les taramas, rillettes de saumon et de harengs, œufs de saumon, caviar d’aubergine et poivrons marinés. Le droit d’ingérence (d’ingestion ?) n’avait jamais été autant justifié.

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Ensuite, en sirotant une bouteille de Sancerre « la Poussie », on a raillotté et causé corruption, alcool, politique, partage du monde et prisons russes avec un sérieux qui a décontenancé non seulement la bouteille mais également les convives de la table d’à côté. Dans nos têtes, on était déjà loin de la gare Léningradsky, roulant fenêtres ouvertes vers Yalta, loin de la taïga des rives du lac Baikal.

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En vérité (pravda en Russe), on était déjà très loin quand les plats sont arrivés. Entre Koulibiac de saumon (plat tout droit venu des années 80) et les Saint-Jacques « fumées à la Grande Catherine » (sic), on se sentait un peu comme les frères Bogdanov, pas vraiment dans notre époque.  Et à force de rire, on a eu du mal à finir. On a donc zappé la case dessert, et par la même occasion, la « coupe de froide » plus connu sous le nom générique de sorbets, pour se prendre directement le mur, c’est-à-dire si vous avez suivi depuis le début, la vodka. Une fois n’est pas coutume, on s’est risqués sur le bizarre.

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La carte des vodka, c’est comme le livre noir du Communisme : on l’ouvre parce qu’on est sûr qu’on va apprendre beaucoup de choses, mais bon,  c’est super étoffé et on a aucune chance d’arriver au bout. On a donc préféré faire « raz dva tri » (l’ams tram gram local) et choisir des noms évocateurs : Starskaia, Kubanska, Etalon et Parliament. La vodka, c’est comme le vitriol, c’est une boisson d’hommes. 

En passant, on pardonnera au serveur (bis) qui ne lisant pas le cyrillique, sert depuis des mois des vodkas au hasard avec un grand sourire commerçant. Il part bientôt en Russie retrouver sa copine en Erasmus, on lui souhaite beaucoup de bonheur. Nous, on était déjà plus à l’Est, on a demandé l’addition en Chinois (Maidan…!).

Voilà. Le train arrive en gare. On passe devant (sur?) Anne Karenine. On pense aux espions de la table d’à côté, à la famille impériale, aux croiseurs de Balaklava et à Anastasia. On aurait pu finir la soirée au Raspoutine. On a préféré rentrer et réécrire l’histoire. Derrière le rideau.

Où : 19 rue Daru, 75008 Paris (le site dit 16eme, on dirait plutôt 17eme, bref c’est pas vers Crimée, quoi). +33 1 42 27 23 60 – www.daru.fr

Quand : avant un referendum, en partance pour Simferopol, en venant de Sébastopol

Avec qui : Vladimir, Yioulia et ses nattes ou plus près de nous, Hélène Carrère d’Encausse, toujour dispo pour France Info

A vos pieds : du permafrost ?

Dans votre ipod : Get lucky par les Chœurs de l’Armée rouge
http://www.youtube.com/watch?v=GkghlXjlgv0

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