Il se passe toujours quelque chose au Royal Pereire

     Qu’il pleuve, qu’il neige ou que le soleil brille, la terrasse du Royal Pereire reste ouverte à tous vents. Un bon point pour nos amis fumeurs, un moins bon pour les frileux. Mais une excellente situation pour le quartier qui s’anime dès l’aurore autour du rond point du Maréchal Juin. Pour autant, on ne vient pas dans cette brasserie pour dire « Maréchal nous voilà », pout être vu, mais plutôt pour voir, et observer en spectateur assidu le va et vient de la foule parisienne transitant par ce nœud du 17ème.

Il est 5 heures. Paris s’éveille. On sort les tables sur le trottoir, on astique le zinc, on refait les stocks, on inscrit sur les ardoises le menu du jour.

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Vers 8 heures, les costumes gris rasés de frais s’engouffrent dans la bouche de metro ligne 3, appelés par l’urgence d’un dossier marketing ou les impératifs d’un meeting avec les commerciaux Rhône-Alpes. Ils passent leur Navigo sans lever tête, les yeux rivés sur le blackberry, soupirant à chaque clignotement de la lumière rouge, hésitant entre le forward et le reply to all, tout de même bien plus politiquement correct. Vers Louise Michel, ils vérifieront que leur secrétaire a bien réservé la salle de réunion.  On commande un crème, un croissant, et un verre d’eau svp.

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Vers 10 heures, les épouses en ballerines plates prennent un déca noisette après avoir déposé leur progéniture à l’école. On discute de tout et de rien, surtout de rien en fait. On attend le retour de l’homme, toujours entre deux avions, deux clients, deux missions… il sera là ce week end. On ira sans doute chez ses parents dimanche, fêter l’anniversaire des jumeaux avant de faire les devoirs scolaires et les autres.

A midi et demi, les cols blancs viennent rapidement se sustenter du plat du jour et d’un ballon de rouge, flexi-time oblige. On parle vite, du coup tordu ou du coup du siècle devant les serveurs en noir et blanc un peu dépassés : un tartare sans oignon à la 8, deux express à suivre, l’addition pour la 15, une tarte du jour, non, désolée, j’avais précisé sans sauce pour la salade parisienne…. Et deux cueillères avec le moelleux. Merci.

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Vers 14 heures, tout se calme. Un couple de touristes mal aiguillés commande un orangina bouteille et un Vittel cassis, s’étonnant de la différence de prix avec ceux du Narval à Chalons. En vitrine, un homme entre deux âges remplit son tiercé sur les conseils de Paris Turf, un autre complète sa grille de fléchés force 5 en sirotant sa 1664 tandis qu’une dame respectablement chignonnée réclame une crème caramel en commençant Point de Vue par la fin. Que demander de plus pour passer l’après-midi ? Rien.

La sortie des bureaux vers 19h amène son flot de buveurs de demis, trop préoccupés pour faire preuve d’imagination dans la commande. On desserre son col de cravate Café-Cotton, on pose son Iphone 5, on échange les derniers ragots de la Nespresso… Et Vanessa, elle devient quoi ?

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Pour dîner, la clientèle change radicalement : on salue les habitués-rond-de-serviette par leur prénom, quelques japonais, sacs Galeries Lafayettes à la main, alléchés par le côte soooo Paris de l’expérience brasserie et une poignée de consultants-valise à roulettes tout juste descendus du RER C. Quelques couples illégitimes, main dans la main par-dessus la corbeille de pain, mordant leurs lèvres avant de se mordre à pleine bouche, comptent les minutes. Chaque coup de fourchette rapproche du G7 de 22h30.

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Vers 23 heures, on vient au RP pour prendre un dernier verre, entamer des discussions un plus secrètes, plus intimes, plus directes. Des amitiés se nouent, on écoute, on s’explique, on hésite, on se raccommode, on se séduit, on se perd un peu aussi. Mais bientôt, le RP va fermer. On descend la grille et on éteint les lumières. Jusqu’à demain où le guichet ouvrira dès le lever du soleil. Pas besoin de réserver. C’est ça aussi Paris.

Où : 1 Place du Maréchal Juin 75017 – 01 47 63 62 04

Quand : ouvert non stop du lever au coucher du soleil, et même après

Avec qui : votre future belle sœur, votre futur-ex-ex, votre collègue anversois, en solo ça marche aussi

A vos pieds : en l’occurrence, du lino ou bien le trottoir, en fonction de la météo

Dans votre Ipod : Entre Saint-Ouen et Clignancourt, Edith Piaf

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