Entoto : une chanson pour l’Ethiopie

Si vous associez encore l’Ethiopie à la famine, la guerre d’Erythrée et aux soirées de charité pré-Noël, il vous faudra aller rapidement dîner à l’Entoto, histoire de mettre à plat les idées reçues, et de mettre par la même occasion, la main dans le plat.

En 1984, nos « Chanteurs sans frontières » braillaient avec entêtement « Loin du cœur et loin des yeux, de nos villes, de nos banlieues, l’Ethiopie meurt peu à peu… », et réussissaient comme par un (33) tour de magie à attirer l’attention de l’opinion sur la famine qui y sévissait alors tout en augmentant dangereusement la fréquentation des pistes de danse de province. Depuis ce tube, l’Ethiopie réapparait de temps en temps dans les medias de manière certes moins dramatique mais tout aussi clichesque : dans les commentaires de Patrick Montel des épreuves de demi-fond des Jeux Olympiques, dans les sagas spécial Negus de Frédéric Mitterand ou encore quand un reportage sur Lucy nous rappelle avec sagesse nos origines sapienstiques. Oui, certes, mais tout ça passe joyeusement à côté du trésor trop méconnu de ce bout de corne de l’Afrique deux fois millénaire : sa cuisine. Alors, rétablissions la vérité.

L’Entoto est la première adresse éthiopienne de Paris (since 1983 tout de même), prisonnière d’une rue peu fréquentée entre la Santé et la rue Albin Cachot (ça ne s’invente pas). Pas d’enseigne clinquante au dehors, pas de néon. La vérité est de l’autre côté du rideau : une salle blanche toute en longueur, une vingtaine de tables réhaussées de serviettes aux couleurs du pays et un peu d’artisanat local aux murs pour l’ambiance. Pour le reste, ça se passe dans l’assiette, ou plutôt dans de grands plats ronds, de hauts-plateaux à partager pour dîner en convivialité, avec les doigts s’il vous plait.

On pique, on pioche et on sauce avec des morceaux d’injéra, une fine galette de farine blanche au goût légèrement acidulé. Pour l’opération mains propres, c’est raté, mais pour le reste, c’est parfaitement réussi. Tout est bien sûr fait maison, mijoté patiemment et assaisonné berberé ou mitmita, c’est-à-dire raisonnablement épicé ou un peu plus fort pour le téméraires, et servi avec une gentillesse rare. Pour un tour d’Addis Abeba by night, on vous conseille de prendre l’assortiment pour goûter à un peu près tout le meilleur: Azifa (mousse de lentille au citron vert), Doro Wott (poulet), Kefto (bavette crue hachée aux épices), bouzena shouro (bouillie de pois avec des lamelles de bœuf), Gomen (épinards) et Duba wott (potiron berbère, uniquement en saison ).

C’est d’une grande simplicité, d’une très bonne facture et d’un prix raisonnable et puis ça change tout de même de la pizza haiwaïenne du samedi soir. Alors aucune raison donc de se priver d’une tournée africaine, et d’une bonne action contre la faim.

Où : 143-145, rue Léon-Maurice Nordmann 75013 – 01 45 87 08 51

Avec qui : Hailé S., Ménélik, Iman, Jean-Christophe Rufin et sa femme

Quand : un samedi soir pluvieux, sinon tous les soirs du lundi au dimanche à partir de 19h

A vos pieds : rien

Dans votre ipod : Africa night fly, David Bowie

http://www.restaurant-entoto.com

3 Commentaires

  1. pieds nus avec les doigts j’adooore

  2. Rdv là bas le 31?

    1. If you want, mais si tu veux manger avec les mains, j’ai d’autres adresses!

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